Un employeur peut-il interdire les signes religieux ? Oui, mais sous certaines conditions…

Me Thevenin • 29 novembre 2017

Dans un arrêt en date du 22 novembre 2017, la Cour de cassation a confirmé que le règlement interne d’une entreprise peut, sous certaines conditions, prévoir l’interdiction du port visible de signes politiques ou religieux par des salariés en contact avec la clientèle .

Les faits de l’espèce sont les suivants : une salariée occupe le poste d’ingénieure d’étude au sein de la société Micropole. Elle porte le foulard depuis son embauche en 2008. Or, une société auprès de laquelle elle intervient dans le cadre de son activité exige qu’elle ne porte plus son foulard lors de leurs rencontres. Suite à son refus, la salariée est licenciée en juin 2009.

Le Conseil de prud’hommes et la Cour d’appel ont estimé que le licenciement de la salariée reposait sur une cause réelle et sérieuse.

Saisie de cette affaire, la Cour de cassation a interrogé la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE).

Cette dernière a également eu à se prononcer dans un cas belge.

La CJUE a estimé :

  • s’agissant du dossier belge : qu’une interdiction du port visible de signes religieux ou politiques dans le règlement intérieur « ne constitue pas une discrimination directe » mais doit être justifiée par la poursuite d’un objectif légitime (par exemple : une politique de neutralité à l’égard des clients).
  • s’agissant du dossier français : qu’en l’abence de règle interne en matière de neutralité, l’entreprise ne pouvait justifier du licenciement.

La Cour de cassation a tiré les conséquences de cet arrêt en considérant comme discriminatoire l’ordre « oral » donné à la salariée et visant un signe religieux déterminé .

La Cour rappelle que l ’employeur peut prévoir dans le règlement intérieur de l’entreprise une clause de neutralité à condition que cette clause générale et indifférenciée ne s’applique qu’aux salariés en contact avec la clientèle.

Elle précise également qu’ en cas de refus du salarié de se conformer à une telle clause l’employeur doit, si possible, lui proposer un autre poste n’impliquant pas de contact visuel avec les clients.

 

 

 

Articles recents

Le harcèlement sexuel d’ambiance reconnu par la Cour de cassation
par Me Thevenin • 15 juin 2026
Par un arrêt en date du 28 mai 2026, la Cour de cassation retient la notion de « harcèlement sexuel d’ambiance », en reconnaissant que la seule exposition…
Accident du travail en télétravail : quelle qualification ?
par Me Thevenin • 9 juin 2026
Par un arrêt récent, la Cour d’appel d’Amiens confirme qu’un accident survenu au domicile d’un salarié en télétravail peut être qualifié d’accident du…
Licenciement d’une salariée enceinte pendant la période d’essai alors que l’employeur avait connaissance de la grossesse : à
par Me Thevenin • 10 avril 2026
La période d’essai constitue une phase particulièrement précaire pour le salarié, car le régime protecteur applicable au licenciement ne s’y applique pas.
La période de suspension du contrat à la suite d’un accident de trajet doit-elle être prise en compte dans le calcul de l’anc
par Me Thevenin • 7 avril 2026
L’indemnité légale de licenciement est calculée en fonction de l’ancienneté du salarié dans l’entreprise.
Un employeur ne peut justifier son licenciement par des éléments obtenus en violation du secret médical
par Me Thevenin • 2 avril 2026
Le salarié bénéficie d’un droit au respect de sa vie privée, y compris au temps et au lieu de travail.
Licenciement économique et obligation de reclassement : deux sociétés détenues par une même personne physique constituent-ell
par Me Thevenin • 12 mars 2026
L’employeur ne peut recourir à un licenciement économique que s’il justifie avoir respecté l’ensemble des obligations prévues à l’article L.1233-4 du Code…
Convocation à l’entretien préalable : la signature du salarié de la décharge attestant de la remise de la convocation n’est p
par Me Thevenin • 1 mars 2026
Au déclenchement de la procédure de licenciement, l’employeur est tenu de remettre au salarié concerné une convocation à l’entretien préalable.
Un employeur ne peut pas refuser une mesure de télétravail recommandée par le médecin du travail au motif que le salarié lui
par Me Thevenin • 22 janvier 2026
L’employeur ne peut refuser un télétravail recommandé par le médecin du travail au motif que le salarié lui refuse l’accès à son domicile.
Relation entre un salarié et une ex-salariée en conflit avec l’employeur
par Me Thevenin • 21 janvier 2026
La dissimulation d’une relation entre un salarié et une ex-salariée en conflit avec l’employeur actuel ne saurait caractériser un conflit d’interêt et…
L'employeur doit respecter les préconisations formulées par le médecin du travail dans un avis d'inaptitude, même en cas d’af
par Me Thevenin • 21 septembre 2025
A la suite de préconisations du médecin du travail sur le poste d’un salarié, l’employeur doit aménager ce poste et l’adapter aux préconisations du…